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Quelle place pour le Rif dans l'INDH ?

Avec la saison d'été, les cortèges des incendies de forêts dans le Nord du Royaume plus que dans les autres zones du Maroc sont repartis avec leur intensité habituelle. Une autre spécificité nordiste qui est la partie visible d'une région traversée par tant de logiques contradictoires, d'influence parfois mafieuse, et de particularismes territoriaux par rapport au reste du Royaume.
Une de ces particularités et non la plus insignifiante est l'existence de la culture du cannabis, qui représente un point autour duquel s'articule en partie la vie économique de la Région. Pour ainsi dire, jamais une région au Maroc n'a été aussi marquée par la présence à ce point d'une plante aussi maudite par la réputation et la loi, mais aussi catalyseur pour bousculer la vie d'une zone géographique qui ne sait plus se penser toute seule sans cette plante, et pourtant il faut bien le faire un jour et le plutôt sera le mieux.

Nous allons tenter de voir les raisons visibles de ces agressions écologiques et les incendies de forêt dans ce Nord complexe où souvent le symbole caché joue un rôle plus fort que la réalité visible. Se faisant, nous souhaitons attirer l'attention des pouvoirs publics sur la nécessité d'agir pour stopper ce phénomène de massacre de la nature et repenser le développement surtout dans le Rif rural central à la lumière de l'INDH.
Cette saison encore, ces agressions écologiques sporadiques ravageurs nous rappellent l'existence des causes et les conditions structurelles et objectives qui sont toujours présentes pour continuer la tradition des plus belles, si l'on juge par les indices la fin n'est pas nécessairement proche à moins que ...
Pour l'arrière pays nordiste l'agression des incendies est due à la l'extension des surfaces pour cultiver le cannabis, ce fléau représente une des causes qui est à l'origine de ce drame environnemental, mais elle n'est pas la seule, il y a bien d'autres facteurs qui encouragent les coupables à continuer à sévir chaque année.
Le problème continue d'exister avec cette importance renouvelée et ceci ne pouvait être possible sans la conjugaison de plusieurs raisons dont un certain laxisme et parfois des complicités dans la totalité des coins concernés.
L'arsenal juridique actuel n'est plus en mesure de jouer son rôle de protection et de dissuasion. Il n'est plus adapté aux nouvelles réalités du terrain, en plus du fait qu'il est moins précis concernant les espèces des arbres menacées et les autres. Il est carrément laxiste avec les criminels qui n'hésitent plus à passer à l'acte sans peurs.

Ce manque de différenciation entre la gravité des actes crée une certaine confusion fatale pour des variétés d'arbres rares, fragiles et en voie de disparition. A ce propos, il convient d'établir une liste précise en la matière et de la communiquer aux associations et aux autorités locales pour faire aussi le travail de la sensibilisation et de l'information un axe complètement absent en ces moments de la stratégie de la préservation des domaines naturels dans le Rif. Il n'est pas normal que le cèdre du Rif central ou surtout le chêne vert un arbre rare et en voie de disparition au Maroc soient aussi peu protégés dans la montagne du Rif.

L' arbre du chêne a élu domicile exclusivement en ces endroits au Maroc . Il faut donc aggraver et vite les sanctions y compris et surtout en prévoyant des peines d'emprisonnement pour sauver beaucoup de variétés menacées et très attaquées. Les textes sont obsolètes et inadaptés vu la gravité et l'urgence de la situation actuelle, ils ne sont pas assez dissuasifs, et la jurisprudence a démontré que tout ce que l'on risque essentiellement, ce sont de simples amendes parfois dérisoires par rapport aux dégâts occasionnés chaque jour.
Pire, les sommes payées, sont considérées par les auteurs comme le prix versé pour acheter un terrain à bas prix, car les auteurs finissent toujours par posséder le terrain «nettoyé»
L'actualisation des textes à la lumière des massacres est une mission d'une extrême importance, car le laxisme génère la récidive et la multiplication rapide des foyers de destructions. L'exemplarité doit servir de leçon : on a pas le droit de laisser faire, il va de l ‘avenir de toutes les générations futures.
Du côté des localités qui défrayent souvent la chronique à l'occasion de chaque saison estivale à savoir : Bab-Taza, Bab Berred, Tamourout, Khafsay, Ketama , Essaguen , Ouezzane, les variétés d'arbres menacés de disparition sont légion, alors arrêtons le massacre les coups portés à la nature sont irrémédiables, donc à situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle, dressons des digues juridiques et sanctionnons les tricheurs qui les dépassent.
En plus de la clémence des textes des lois relatives aux sanctions, il y a un autre fait juridique désastreux et qui a une influence considérable sur le phénomène de la destruction massive de la nature, il est même la raison principale de la continuité des massacres écologiques enregistrés.
Le caractère vieillot, traditionnel et rare de la procédure cadastrale propre aux provinces du Nord du Maroc pour l'acquisition juridique des terrains « nettoyés » de la forêt ou encore pleins d'arbres. Il suffit de se présenter chez un Adoul accompagné d'une dizaine de personnes qui témoignent que la terre convoitée est votre propriété et/ou vous l'exploitez et le tour est joué. Un certificat en bonne et due forme est établi par notre homme de la loi moyennant au passage quelques milliers de dirhams comme récompense de l'effort ! Ce droit coutumier détruit une dizaine de kilomètres carrés de forêt, il s'avère avec le temps un programme de la disparition de ce qui reste de la flore.
Cette procédure donne un argument de poids et légitime le crime écologique organisé par ceux qui ont les moyens de payer. Une honte par ces temps, on comprend mieux alors les motivations des auteurs. Cette aberration juridique et /ou procédurale est à l'origine de beaucoup d'incendies et de malheurs des familles dans la Région , et le climat global des influences mafieuses n'arrange rien.
Les réformes des textes concernant ce processus de l'acquisition des terrains spoliés et arrachés à la nature sont devenues urgentes pour faire cesser ces pratiques d'un autre âge.
Et comme par hasard dès qu'une personne est riche elle se découvre des terrains immenses qui lui appartiennent dans la nature parfois au sein des forêts vierges..
La dernière trouvaille est encore meilleure de nos chers élus locaux qui sont toujours plus imaginatifs pour rendre service et surtout aux plus forts: il suffit d'accorder une occupation temporaire du domaine convoité en question et de laisser faire notre faux investisseur mais vrai destructeur de la nature à sa guise, et ce ne sont pas les délimitations même définitives des eaux et fortes qui les empêchent, les bornes sont carrément arrachées et jetées pour faire disparaître les traces physiques.
Dans les milieux ruraux du Nord du Royaume et plus qu'ailleurs, la gestion du « domaine vital » est d'abord une gestion purement politique par les communes rurales, avec ces multiples ramifications locales inattendues et de logiques de compromis politiques qui se font toujours au détriment de l'environnement. Le vide souvent, la faiblesse toujours et l'inadéquation récurrente des instruments de l'intervention et du contrôle de l'Etat donne un poids considérable aux élus locaux pour se servir d'abord et satisfaire une clientèle sur la base des considérations électoralistes étroites. Par ailleurs, les élus sont aussi de fidèles exécutants car le pouvoir est placé dans d'autres sphères limitrophes et imposantes et le silence est d'or : C'est la règle. Si un politique a toujours une raison que la raison ignore, dans le Nord du Maroc, notre politique on a au moins deux dont une ne peut être ignorée …
En plus des changements des textes juridiques et de la délimitation des responsabilités entre les différentes institutions et administrations, ces feux de forêts nous interpellent comme un clignotant à prendre très au sérieux sur la dérive en cours de l'Etat et son incapacité à réguler un phénomène important et récurrent, car depuis des décennies rien de courageux n'a été décidé dans le domaine pour faire cesser ce phénomène visible lié à d'autres invisibles et autrement plus dangereux.
Dans ce contexte juridique, politique et coutumier particulier, il y a un élément dont il faut tenir aussi dans ces localités ravagées par les agressions de la nature: c'est la banalisation « du tout peut être acheté » une nouvelle la pratique sociale greffée par le cannabis dans la Région et vision de cow boy tire le premier.
On constate qu'il y a eu avec le temps une vraie métamorphose culturelle sur certains plans qui a dépossédé l'Homme de sa mémoire collective et a banalisé la marchandisation de la nature.devenue une simple marchandise dont les formalités pour l'a conquérir connues d'avance comme toute chose.
Le cannabis a ceci de particulier il a changé fondamentalement le rapport au temps et à la nature : on ne respecte plus le passé y compris les ancêtres autre fois vénérés car ils étaient trop bêtes de travailler toute une vie pour si peu d'argent de gagner, et de surcroît on ne se reconnaît pas dans leur modèle social et le sens donné à leur vie.
Une vraie « génération spontanée » sur beaucoup de points ! De ce fait on respecte largement moins la nature qui est était avant le lien légué entre génération dans la montagne : les oliviers, les figuiers, vignes, arbres fruitiers et autres terrains étaient toujours hérités d'un parent ou d'un proche, la nature était un héritage en commun et son respect s'imposait, comme résultat d'une socialisation qui plaçait le respect de l'environnement au cœur des liens intergénérationnels.

Mais alors que faut il faire en plus des leviers juridiques pour stopper cette machine infernale de la destruction de l'environnement ?
Une chose fondamentale est de redéfinir « le modèle » du développement de la région en intégrant la l'environnement comme une des composantes essentielles des activités économiques à créer dans l'avenir. Pour un tel changement de modèle, il est préférable de changer de l'approche actuelle : il faut cesser de parler de la substitution de la culture du cannabis par une autre culture ans le Nord, comme si l'agriculture était le seul horizon du possible dans ces zones.

Il est plutôt temps de raisonner en terme de création d'activités économiques légales, génératrices d'emplois et de ressources dans ces zones du Rif. Ces dernieres ont maintenant des atouts: électricité, téléphone, des routes et bientôt l'eau. Elles sont adaptées à l'exercice d'autres activités génératrices de revenus. Se focaliser uniquement sur l'agriculture est réducteur et complètement en déphasage avec les changements intervenus depuis trente ans. Il est utile de préciser que ceux qui travaillent la terre dans ces coins viennent maintenant toujours d'autres régions du Maroc.

Par contre, il est possible d'associer des formes d'agriculture en complément d'autres activités commerciales et artisanales. Il faut donc rompre avec la vision dominante d'une certaine façon celle de l'Agence de Développement des Provinces du Nord qui a fait de cette substitution son cheval de bataille avec des résultats plutôt modestes. La diminution de 10 % en 2004 des surfaces cultivées du cannabis tant célébrée et ces derniers moments est due d'après certains connaisseurs de la région à d'autres raisons.

Les paysans doivent d'abord liquider les stocks important non vendus de 2003 qui était une excellente année ! Il est important de rappeler que les tendances de fonds se dessinent sur des décennies alors attendons avant de juger.

Il est temps donc revoir la politique du développement du Nord en profondeur en mettant davantage le citoyen, le respect de la nature et sa protection au cœur du projet à bâtir.. Une action qui doit être aussi pensées dans le cadre de l'INDH, une aubaine pour le monde rural du Rif très marginalisé.

Abdallah Eljout
Militant associatif de ADEC ( Association Développement Environnement et Culture)

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